Unstandard 2

20 07 2008

Dans les rues de Paris, dans le métro, dans les grands magasins du Boulevard Haussmann, sur les trottoirs et dans les rayons luxueux, dans les rues ou dans les passages, la vie bouge, les gens vivent, tout l’espace est animé d’un vie particulière qu’il me tarde de rejoindre ; je n’ai pas mon appareil photo avec moi ni quoi que ce soit pour noter quoi que ce soit, totalement à l’abandon, comme une renaissance, une nouvelle liberté, l’esprit neuf et débarrassé de ses scories, un léger mal de crâne me happe et j’ai soudain un peu chaud, la faigue me taraude, je n’ai pris aucune photo, je n’ai noté aucun de ces mots qui me trottent constamment dans la tête et j’ai pris un grand bol d’air vicié, l’inconscient colonisé par les images du passé qu’on laisse toujours derrière soi, les souvenirs me minent, les espoirs, je les ai enterrés, peut-être à tort, mais pour l’instant je me sens incroyablement vivant, je ne rampe plus devant le présent ventre à terre, mes mains avancent, mon corps avance, la vie emplit mes poumons et je vais me coucher avec plaisir.



Unstandard 1

18 07 2008

Trois heures du matin devant la machine qui ne répond pas, les yeux injectés de sang en passant devant le miroir et la peau moite la chaleur d’une nuit poisseuse, les circuits se brouillent ; une perte inestimable des trésors gravés dans la machine oubliés parce que confortablement à l’abri le croit-on et tout s’envole et on regrette vivement de s’être laissé entraîné par le temps et par un excès de confiance dans la mémoire artificielle ; l’envie soudaine de s’éloigner de cette maudite machine aliénante. Je perds mes moyens, ma patience déjà en effectif réduit en temps normal, les pages me coulent entre les doigts, les couvertures me glissent des mains et je me tends comme un arc, sans répit. Besoin de m’en détacher, puis tout reconstruire, tout refondre et faire de la garde de cette arme un outil sur mesure parfaitement équilibré.
Ecrire tous les jours, la seule chose qui me maintient, bâton de pèlerin.

Je ne me bats que contre les mots, et je préférerais encore mourir plutôt que de me retirer du ring. Disant cela, je ne sacralise pas la littérature, j’affirme simplement qu’elle se confond avec ma vie.

Charles Bukowski, le capitaine est parti déjeuner etc. 23 juin 1992.



Serpillère

9 07 2008

Aujourd’hui, je n’ai pas écrit. Le temps s’est déroulé comme de la laine vierge d’un écheveau.
Quelque fois, ça fait du bien de ne penser à rien.



Marge brute

9 07 2008

[…] alléger la masse salariale, diminuer les charges, ils n’ont que ce mot à la bouche, l’œil fixé sur la ligne bleue de la marge opérationnelle, ce Rorty est grotesque, son discours à la gloire de l’évolution est une pantalonnade, l’entreprise comme lieu de la prédation institutionnalisée, en voilà une beau sujet de thèse, être du côté des dominants ou des dominés, à toi de choisir ton camp, camarade, tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, sauf ici, dans l’antichambre du profit, OPA sur le visage de l’autre, fusion-acquisition de son énergie, mise en faillite de son intégrité psychique et physiologique, le tout dans la plus parfait légalité, quelle caricature ce Rorty, et tous ces abrutis qui boivent ces paroles, enfin pas tous […]

Laurent Quintreau, Marge brute

Capitol

Photo © Rex

Laurent Quintreau est une personne à plusieurs casquettes, chroniqueur, auteur de théâtre, il travaille dans une grande entreprise de communication et par-dessus le marché se trouve être syndicaliste - un drôle de bonhomme. Marge brute est un texte sombre reprenant l’architecture de la trilogie de la Divine Comédie (on oublie souvent que l’Enfer de Dante est suivi du Purgatoire et du Paradis), commençant par les cercles infernaux où l’on entend geindre les âmes torturées de l’entreprise telle qu’elle apparaît parfois de nos jours, cruelle, inhumaine, soumise à l’esprit pervers de certains dirigeants tapant du poing sur la table en énonçant des principes basiques de sens commun (tout dépend du point du vue à partir duquel on choisit de partir), embryons fascisants. Chaque personnage, onze cadres, assis autour de la table de ce conseil, parle de sa voix intérieure que l’on lit au travers d’un texte sans points, uniquement rythmé par des virgules signifiant le courant de l’esprit, chacun se parle à lui-même dans une terrible solitude, semble souffrir, pris dans la tourmente des réorganisations à venir, exprime ses plus profondes pensées et regarde l’autre avec méfiance, défiance, amertume, aigreur et même désir. Il y a ceux qui souffrent, ceux qui complotent, par intérêt ou par simple perversion froide… Rorty, l’œil glacial et le regard d’azur cache sous son sadisme et ses théories nietzschéennes de l’entreprise un secret, sa soumission à plus fort que lui, et des problèmes intestinaux subséquents. Devoir rendre des comptes lui torture les boyaux, le rend malade jusqu’à la chiasse. Voici l’Enfer. Mais à l’enfer succède le Purgatoire, lieu de rédemption incarné par un personnage neutre qui se demande ce qu’il fout là. Et enfin le Paradis. Le Paradis semble lieu de folie, incarné par un type absolument à côté de la plaque et répondant au doux nom de… Alighieri, artiste flamboyant assis sur un siège éjectable mais qui se voit déjà caressant les fesses du directeur ou l’entreprenant plus intimement dans les toilettes du dernier étage. Un texte sombre également plein d’espoir qui dit combien le milieu professionnel peut être perverti par de sales personnages au crâne rasé refoulant leurs désirs intimes pour en faire baver les autres et qui ne sont eux-mêmes que de vils subalternes pétochards. Un éternel cycle vertueux, engendré par le vice du pouvoir.



The Wrong House

9 07 2008


L’hommage à Daniel

7 07 2008

Portrait d’un flamboyant à la gloire discrète, au profil aussi aiguisé que son humour, par Mr Assouline.



Premier séjour à Tigilit

7 07 2008
SmaraPhoto © Eleleku
Siroco al campament sahraui d’Smara

Rachat des jours invertébrés…
Entré dans l’action, dans le cercle… dans l’acte même où tout est pur.
Me voici, l’ignorant, dans ces lentes années molles, bouillonnant tourmenté, me voici entré là où tout (le mouvement, l’arrêt qui n’est pas inutile, la bête immobilité sous un voile bleu, l’insipide vie entre quatre murs, les écorchures des pieds, la nourriture prise où le chameau a bu - où les femmes ont rincé leurs mains, - la barbe la plus longue, le petit fait de se raser - de ne pas -, la surveillance méticuleuse de la langue, de l’estomac, le soin aux orteils, les moustiques, les énervements quand moqué des femmes), où tout comme dans un organisme prêt la nourriture non choisie nourrit, améliore; où tout m’est une nourriture comme jamais absorbée; où chaque jour m’alourdit, nous alourdit. Car la joie est double. Soudés par la même volonté , la même énergie - ces multiples forces d’or me transfigurent, mon frère. Courant que, parti de notre mutuel acte de volonté, je cherche, dans une course vers le but, à maintenir et à transformer de l’encore précaire jusqu’au définitif.
Car c’est toi qu’il faut atteindre, le lieu qui, foulé, donne aux pas qui ont été vers lui une durable valeur. Toi seul confères à l’effort parce que nous pouvons imprimer notre nom dans ton sol, son autorité, son galbe définitif, le fais passer de l’informe encore à la forme, belle pour chacun. Non plus masse riche de ceci et cela - Dra, El Akhsas et mes notes - mais un nom seul qui résume, suffisant à lui-même, fait pour passer dans la bouche et l’oreille des hommes, Smara.

Michel Vieuchange, Smara, carnets de route d’un fou du désert

Étrange texte de Michel Vieuchange, l’ange blond du désert déguisé en bédouine pour traverser les immensités de sable avec les hommes dressés sur leurs chameaux, remplissant ses carnets de notes de manière lapidaires à chaque heure du jour et de la nuit, parmi la vermine qui hante sa couche ou fiévreux en plein soleil de midi dans les vallées pierreuses. Un texte fragmenté comme autant de pierres sèches jalonnant sa route, des petites phrases parfois sans verbe, parfois juste deux mots sans sujet, texte dépersonnalisé à l’extrême malgré l’expérience personnelle forcément présente, ces quelques lignes certainement écrites dans un moment de ferveur lyrique que la solitude du désert ne peut que fortement inciter sont au beau milieu de son texte comme une borne au beau milieu de sa route. Tandis que je me sens secoué par une nouvelle envie de lire le fabuleux livre de Paul Bowles, un thé au Sahara (The Sheltering Sky), que j’ai pourtant achevé de lire au début de cette année, la lecture de Smara est faire pour durer sur la longueur, j’y remets les pieds quelques fois, parce que l’intrigue est légère, on sait que Vieuchange est en route pour Smara (سمارة), il n’est pas encore arrivé, chemine vers la cité mythique dont je ne sais encore rien - je fais durer, durer encore et je me réserve le droit à l’ignorance -, alors je prends mon temps pour faire durer le plaisir, au même titre que l’Usage du Monde de Nicolas Bouvier est un livre qui nécessite qu’on respecte d’autant plus le texte qu’on sait qu’il a été écrit de longues années après le voyage, dans la douleur extrême de l’accouchement, après que des pans entiers du manuscrit aient été jetés à la poubelle par un domestique peu scrupuleux, perdus à jamais dans les strates d’une décharge afghane.

Rachat des jours invertébrés… Quelle formule surgie du néant ! C’est le désert qui fait dire ça, et quelle idée de s’enfoncer ainsi dans le Maroc interdit, l’homme blond aux yeux bleus - vieille superstition - sous la djellaba blanche cachant des atours féminins qui n’existent pas et gardant près de lui appareil photo et carnets de notes, une petite pharmacie et quelques objets personnels. Comme de longues journées sans forme au milieu de nulle part, la pure étrangeté de l’homme dans l’écosystème le plus hostile qui soit, la plus pure incongruité au beau milieu des rochers et des scorpions. A mille lieues de Loti traversant le désert arabique avec sa cohorte de gardes qu’il rince à grand coups de pièces d’argent. Texte somptueux et décharné, météorique comme l’ont appelé certains comme Théodore Monod et Paul Claudel qui en a écrit la préface - Paul Bowles, lui, a écrit la préface du texte traduit en anglais et dit de cette épopée que c’est un « pèlerinage monstrueux au pays de Nulle Part ». Texte âpre et violent à l’extrême, autant pour celui qui l’a écrit que pour la langue elle-même. Le lecteur à son tour ne peut en sortir indemne.

SmaraPhoto © Eleleku
Siroco al campament sahraui d’Smara


Typo Stamps

6 07 2008



Marcus Buck

6 07 2008

Visions colorées de l’industrie moderne et travaux personnels…



Filmspace

5 07 2008

The works of the series Filmspace resulted from the montage of up to 300 frames extracted from films of Godard, Hitchcock or Kubrick.
Pan shots as well as tracking shots and zoom techniques or combinations are used for the work.
The techniques used for the production of the works are exactly those having been also used for the production of the film - cutting and montage. By this, the creation of the works represents a process of deconstruction and construction.

Filmspace : Dennis Neuschaefer-Rube