Wind Chill Factor à Paris

4 01 2009

Il est tard ce soir là dans une capitale un jour un peu triste et absurdement désert, le temps n’est pas à la baguenaude et à la frivolité mais il faut bien parfois se changer les idées alors comme il fait froid et qu’il fait nuit dans Paris, je m’en vais sur la route.

La Grande Dame

Le vent souffle un peu mais dans la voiture on ne ressent plus rien, au contraire le léger ronron de la soufflerie me caresse le visage, col relevé, je me sens bien. Quinzième arrondissement, un quartier significatif qui en cette soirée n’est pas complètement anodin. Rue François Mouthon, petite rue barrée autour d’une petite ambassade, un restaurant népalais qui ne paie pas de mine, une ambiance confinée et chaleureuse à la croisée de la rue Lecourbe et de la rue de la Convention, une bonne odeur inconnue chargée d’épices fortes.

La Grande Dame

Derrière les panneaux de bois, un courant d’air désagréable me balaie les pieds. Je croque des galettes au cumin, dures comme des biscuits apéritifs et plonge des beignets de viande appelées Shabaleb (que le garçon appelle Sabalè) dans trois sauces, une à la menthe, une autre, douce, au suave goût de banane vinaigrée et une autre troisième fait de légumes, de viandes et d’épices déchirantes. Je termine sur un plat tibétain à base de curry de poulet, d’épinards crus et de lentilles épicées à la cardamome, repu.

La Grande Dame

La température a chuté d’un seul coup. A la sortie, le vent me harcèle et s’insinue sous mon caban. Désagréable. Il fait moins cinq degrés. Wind chill factor fait baisser la température, un refroidissement éolien qui abaisse tout ça à -9°C. Mais il fait sec encore. Les yeux pleurent tous seuls.

R = 13,\!12 + 0,\!6215  \,T  + (0,\!3965 \, T - 11,\!37) \times V^{0,\!16}

La Grande Dame

Un peu au hasard, parce que mon fils veut aller voir la Grande Dame de fer et veut monter au troisième étage alors qu’il gèle à pierre fendre, je me retrouve Avenue Emile Zola, puis tout près de la rue du Théâtre à sens unique, un petit café, Lola, qui fait l’angle, ferme ses portes, faute de monde. Il n’est pas très tard encore.

La Grande Dame

Un doux frisson me parcourt l’échine en repensant au souffle chaud que j’ai ressenti ce jour qui reste marqué au fer dans mes chairs. Les rues se succèdent, les Invalides, l’Ecole Militaire, l’Avenue de La Bourdonnais. Les quais de Seine sont déserts et malgré le froid, quelques rares touristes se font photographier devant la grande sauterelle de fer, les fous.

La Grande Dame

L’hiver est froid, comme il faut, cette année. Mon cœur est chaud, tendre à point, le café au creux du corps réchauffe mes veines et mon sang mes yeux se ferment il faut rentrer dans le froid de ma banlieue regarde les voitures petit garçon, elles sont pleines de blanc, cette nuit il va faire très froid, va te coucher petit garçon, je viens t’embrasser et n’oublie pas cette nuit de rêver à la liberté que tu chéris. Arrête de trembler, petite mouette.



Les enfants de Timpelbach

28 12 2008

Un samedi après-midi froid et sec balayé par le vent du nord, parce qu’il faut bien occuper la chère petite tête blonde qui finit par répéter sans arrêt les mêmes phrases et qui veut même aller au parc alors que dehors il gèle tellement il en a marre de rester enfermé, c’est au cinéma que nous sommes partis, surtout lorsqu’on lui a parlé de ce film dans lequel les enfants sont livrés à eux-mêmes parce que leurs parents n’en peuvent plus de toutes ces bêtises et parce que de manière collective, les adultes se rendent compte qu’il existe dans la petite ville de Timpelbach un réel problème d’autorité avec ces petits morveux.
A l’origine, c’est un roman d’un certain Henry Winterfield, Timpetill - Die Stadt ohne Eltern (La Ville sans parents), un livre écrit à l’origine comme l’a été Le Seigneur des Anneaux, comme un conte à épisodes écrit pour un enfant. Personnellement, ce film m’a fait penser à la Guerre des Boutons, sauf que je n’ai jamais aimé la Guerre des Boutons, peut-être parce que je n’ai jamais aimé Yves Robert et que le roman de Louis Pergaud m’avait franchement barbé.

enfants_timpelbach

Les enfants de Timpelbach c’est avant tout un très beau film, un film avec et sur les enfants, et surtout un très beau film français. En voyant l’affiche, on se dit forcément que c’est encore un film américain, une super-production hollywoodienne créée à grand renfort de dollars et d’effets spéciaux à la Narnia et consorts, mais pas du tout, on est bien dans une belle production française dont on n’a pas à rougir. Mis à part la présence inutile d’un Gérard Depardieu bedonnant dans la peau d’un maréchal certainement russe et d’une Carole Bouquet presque pathétique en bourgeoise fantasque, la seule à tenir le haut du pavé du côté des adultes, c’est Armelle en institutrice aussi cruelle que nunuche.
L’histoire est audacieuse. Après avoir délibéré, les adultes de Timpelbach décident que leurs chères têtes blondes ont dépassé les bornes et qu’il est temps de prendre des mesures, et pour mesure, la plus radicale qui soit va leur être infligée. Les parents simulent un départ irrévocable de la ville, mais prévoient en secret de revenir le soir après une petite partie de campagne. Le problème c’est qu’ils tombent aux mains d’une légion étrangère qui voit ce déplacement massif de population comme une tentative d’invasion et se retrouvent enfermés dans des geôles sombres et humides tandis que leurs enfants sont désormais seuls dans la ville. Avec les plus grands d’entre eux, ils vont s’organiser pour subsister, car il faut bien manger, se laver, continuer à vivre en somme, mais sans les parents. Deux bandes rivales vont s’affronter pour prendre le contrôle de la ville.
Les véritables stars, ce sont les enfants, avec un casting époustouflant de très beaux garnements.

  • Manfred (Raphaël Katz), une sorte de clone d’Harry Potter un peu gaffeur mais très attachant.
  • Marianne (Adèle Exarchopoulos), la rousse sauvageonne, parfaitement troublante dans sa peau androgyne, meneuse d’enfants par défaut, elle est un des pivots de l’histoire.
  • Thomas (Léo Legrand), le beau solitaire enragé, sauvage et repenti, un vrai petit adulte miniature, presque trop beau pour être vrai.
  • Mireille (Lola Creton), la peste par excellence, un physique à la Romane Bohringer, un charme fou…
  • Robert (Léo Paget), l’aristocrate précieux, finalement perspicace et surnommé “le monoclard”.
  • Barnabé (Julien Dubois), le petit muet, frère de Thomas, mignon comme tout avec sa bouille d’ange sans voix.
  • Le reste du casting

Une belle brochette de jeunes acteurs généralement très bons, pour certains au jeu parfois assez inégal ce qui ne fait pas oublier qu’on est au cinéma, mais tous sont certainement très prometteurs.
Finalement, les bons sont vraiment très gentils et les méchants vraiment très méchants, mais à la fin, la morale est sauve, les méchants sont matés parce qu’ils sont allés trop loin, les gentils sont toujours les gentils et les parents apparaissent finalement comme les grands irresponsables dans l’histoire. Incapables d’assumer leur autorité, ils partent et au bout du compte, les enfants s’en sortent très bien tous seuls. Une bonne leçon, pour les parents et pour les spectateurs.
Malgré une fin un peu raplapla, on en arrive presque à oublier qu’on est en train de regarder un film français, qui pour une fois, a réellement frappé un beau coup, avec de surcroit, une photographie superbe et des décors à la hauteur de leurs ambitions.



L’Être Humain

28 12 2008

jorn_riel_tb Un don d’écrire avec des mots simples, sans fioritures, une simple faculté à raconter une histoire avec le souffle épique des grandes sagas nordiques. Je connaissais l’écriture rigolarde et fraîche des racontars (skrøner) qui l’ont rendu célèbre, mais pas encore ses récits arctiques. Celui a la douceur d’une neige fraichement tombée.
Un livre lumineux…

« Mais vous ne faites jamais la guerre ? » demanda-t-il.
« Je ne comprends pas ce que tu veux dire », répondit Apuluk. Il répéta le mot que Leiv avait prononcé en islandais. « Ça veut dire quoi, guerre ? »
Leiv réfléchit longuement. Enfin, il dit :
« La guerre, c’est l’absence de paix entre les gens. Certains veulent quelque chose qui appartient aux autres, et alors c’est la guerre. Et les gens continuent à se tuer jusqu’au moment où les plus forts gagnent. »
Narua s’allongea sur le dos et contempla le plafond de la tente.
« On ne connait pas la guerre ici, dit-elle. Mais c’est peut-être parce que nous ne possédons pas beaucoup de choses. Tout ce que nous avons appartient à tout le monde, et on n’a pas la possibilité de vouloir quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre. »
Juste avant de dormir, Leiv murmura :
« Je suis heureux de vivre avec vous. J’ai appris à vivre comme un Être Humain. »

Jørn Riel,
Le garçon qui voulait devenir un être humain,
volume 1, Le Naufrage



Christmas Time

24 12 2008

Je n’allais pas partir comme ça. Pas sans mon sapin de Noël, celui des Galeries Lafayette que je photographie tous les ans. Cette année, il n’y avait pas grand monde dans les magasins, je veux dire par là qu’il n’y avait pas tellement plus de monde que d’habitude, qu’un bon samedi bien plein. La carte bleue a failli prendre feu entre mes doigts tellement elle a crépité et demain soir, c’est déjà le Réveillon. Le petit ne tient plus en place et moi je crois que je suis en train de tomber malade, une bonne crève m’attend au coin de la rue. Je crois que je commence à avoir sérieusement besoin de sommeil, quelques jours de repos ne seront pas de trop pour se remettre de tout ça. Fin d’année, fin des temps, fin d’une époque. Je suppose qu’il est presque temps qu’on se souhaite un Joyeux Noël !!!

Christmas Tree



Des milliers d’étoiles et de lumières

21 12 2008

J’aimerais finir l’année dans les lumières scintillantes, dans la lumière des fêtes. Jusque là tout va bien, Noël est sur les rangs, plus que quelques jours pendant lesquels je masque mon impatience, pour mon fils, pour moi, parce que c’est peut-être le dernier Noël du Père Noël, le dernier Noël avec les yeux de l’innocence dans lequel la magie est là et opère de tous ses charmes, entièrement.
Le temps s’est adouci, mais il est prévu qu’il se refroidisse intensément ces prochains jours. Tant mieux. Je me souviens de Noël 1999, en particulier ce 26 décembre où la tempête a tout emporté sur son passage ; ce matin, je suis sorti constater les dégâts, j’étais en t-shirt et il faisait 17°C, un 26 décembre…
Ce Noël-ci a quelque chose de particulier, parce que je le fais chez moi, dans mon grand appartement, avec ma magie, mes lumières, mes ambiances, tout ce qui fait que c’est vraiment chez moi. Et surtout, avec ma famille, avec tout le monde cette année, et ça j’y tiens.
Je vais finir l’année avec un beau livre, un livre de contes du Nord - finalement c’est un peu mon chez moi aussi le Nord. Ce livre, je pense que j’ai dû l’acheter il y a une bonne dizaine d’années au salon du livre de jeunesse de Montreuil. Ce livre c’est Le garçon qui voulait devenir un être humain de Jørn Riel, le beau Danois devenu chasseur sur cette terre blanche qu’on appelle terre verte (Grønland, dont les armoiries sont un ours polaire et le drapeau est rouge est blanc). Un livre dédicacé de la main de son auteur, rien que pour moi.
Dans quelques jours c’est Noël, et tout scintille. Des milliers d’étoiles et de lumières.

polar_bearPhoto © Solarnavigator



Hajj

15 12 2008

Lorsque les foules prennent d’assaut le lieu saint, les corps dessinent d’étranges courbes et créent des symétries ondulantes. De superbes photos du pèlerinage de la Mecque, le Hajj (حَجّ) sur Big Picture, le très beau site tout en images du Boston Globe. Via le talentueux Rasbaille.

hajj



Presque rien sur presque tout

27 11 2008

un roman

Il n’y a pas si longtemps que ça j’ai repris quelques notes que j’avais prises dans un carnet et quelques autres textes que j’avais écrit sur mon blog et puis ailleurs également il y avait des mots et des phrases harmonieux une sorte de courant fluide qui passe et file entre les doigts avec la douceur d’un savon et rien d’autre et bien suffisant. J’ai tout relu et j’ai aimé ce que j’avais écrit et lorsque je relis ces longues phrases je ne peux faire autrement que de repenser aux circonstances qui ont projeté ces mots à l’extérieur de moi à tout ce fatras qui a jalonné les différentes étapes de ma vie alors…
J’ai repris mes petits carnets sans rien écrire dedans parce qu’écrire en ce moment fait partie du domaine de l’insupportable comme la douleur sourde qui émane d’un objet vibrant sur l’émail des dents. C’est comme ça et ça fait un mal de chien. Deux lignes et ça saigne encore plus fort. C’est comme ça et ce n’est pas vraiment grave. Hier soir j’ai terminé un des livres que j’avais sur le feu, un livre écrit à l’origine en suomi la langue qui chante depuis les profondeurs de la taïga enneigée. Ce matin j’ai repris les œuvres complètes de Nicolas Bouvier et c’est comme ça c’est de la lecture et rien ne fait partie en ce moment ne fait partie du domaine de l’écriture je n’écris rien c’est tout et c’est comme ça.
J’ai bien conscience que ça ne peut pas durer comme ça éternellement ça fait déjà trois mois que c’est comme ça c’est tout simplement impossible parce que je risque de m’effondrer. J’ai donc repris mes petits carnets et je vais bien finir par tout accoucher tout coucher tout transcrire j’ai repris toutes mes notes que j’ai pris le temps de consigner pour raconter des événements sans importance juste pour retrouver le goût de l’écriture le goût de ce qui finalement me fait espérer un peu que ma vie peut consister en autre chose que ma simple présence au monde. Je ne suis pas fait pour rester les bras croisés assis sur un rocher en regardant l’océan son flot et son jusant.
Il y a autre chose.



J. Luker

25 11 2008

Tout n’y est pas forcément d’une grande qualité, mais au moins, ça a l’intérêt d’être parfois très bon. On ne peut pas être parfait tout le temps.
J. Luker.



Les terres blanches

15 11 2008

Hier, nous étions jeudi, j’avais pris cette journée pour passer du temps avec mes grands-parents, le matin aller à Paris avec mon grand-père - je crois que je n’ai jamais passé autant de temps seul avec lui. Nous avons fait un long trajet, en bus d’abord, puis en train, avec une correspondance à Châtelet, et nous avons marché longtemps dans les souterrains de Gare du Nord, rebroussé chemin et enfin nous sommes arrivés. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, et nous avons parlé de tout et de rien, je lui ai posé des questions, j’étais assis à côté de lui, un peu angoissé tout de même et tout s’est très bien passé. Mon pépé. Nous avons plaisanté parce qu’il avait oublié quelques poils avec son rasoir - et je me suis bien marré lorsque rentré chez moi le soir, je me suis regardé dans le miroir de l’ascenseur pour découvrir que j’en avais moi-même oublié deux juste sous le nez… Et puis nous avons fait le même chemin en sens inverse, un long chemin fatigant, et je me suis inquiété pour lui parce que mine de rien, oui c’était long, même moi j’en avais plein les bottes. Dans le bus au retour, contents de nous asseoir et de nous laisser porter, nous avons fait des détours par Chatou, dans le quartier des Terres Blanches.

Les Terres Blanches, je m’en souviens à présent, j’y allais parfois à vélo quand j’étais gamin avec mon copain Thierry, et Pierre aussi, ce n’était que des champs à perte de vue, comme les Sablons et les Petits Chênes aussi et aujourd’hui, tout ceci est dessiné de maisons neuves, d’immeubles en arc-de-cercle, de pavillons placés dans des impasses aux noms saugrenus et dans lesquelles il n’y a qu’une seule maison, des petites boîtes et des grosses boîtes, toutes identiques, toutes pareilles, plantées là au milieu des champs.
Je suis allé chercher deux baguettes et des éclairs au café pour ma mémé et moi, et puis nous sommes revenus au bercail où nous attendait une cuisse de dinde avec une pleine marmite de ratatouille comme je l’aime, et une fabuleuse pomme au four tapissée de confiture de groseille.
Comme quand j’étais gamin, un moment privilégié empli de nostalgie de ce temps où je n’avais à me soucier de rien et où la vie revêtait cette simplicité dans laquelle se drapent les mioches avec un certain goût du confort. Une journée mémorable parce que pleine de tendresse et d’amour.

Les terres blanchesPhoto © Raymond Depardon in Voyages



NO digital - Yoshihisa Kajioka

15 11 2008

NO digital, un monde sombre fait de noir & blanc qui invite au silence, à la méditation autour de ces ombres qui crèvent l’image, de ces corps qui sortent de nulle part pour s’emparer du regard hagard du spectateur. Rarement des photos m’ont autant captivé.
Via Asian Photography blog. Par Yoshihisa Kajioka.